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Interview d’Isabelle Aubry, présidente de AIVI, dans 7/7 famille « Dans le lit de mon père, j’ai laissé mon enfance »

C'est aujourd'hui, jeudi 20 novembre 2008 la journée des droits de l'enfant. Parce que tous les enfants ont le droit d'être protégé, éduqué, aimé, entouré. Une journée qui permet de se rendre compte des mômes sont encore régulièrement victimes de souffrances en tout genre. L'inceste, soit le viol d'un gamin par un membre de sa famille, en est une. Isabelle Aubry, dans un livre terrible, émouvant, révoltant, en témoigne.


Interview d’Isabelle Aubry, présidente de AIVI, dans 7/7 famille « Dans le lit de mon père, j’ai laissé mon enfance »
Elle avait six ans lorsque son père a abusé d'elle pour la première fois. Et ce n'était que le début du cauchemar. Isabelle a connu la prostitution, la drogue, l'humiliation, la peur, a affronté une justice qui l'a accusé d'avoir provoqué les choses, mais malgré tout ça, elle a survécu. Combattante hors pair, Isabelle, désormais mariée et maman, a créé l'Assocation internationale des victimes de l'inceste (http://aivi.org)

"Ces poupées vivantes, abusées par leur grand-père, leur oncle, leur père, leur mère, ces escalves violés sous le toit de la maison familiale, sont bien plus nombreux qu'on ne peut le penser. C'est pour eux que j'ai décidé de raconter mon histoire: comment, malgré tout, malgré l'inceste, je suis devenue un être humain. Fragile, mais debout." Rencontre.

Pendant l'écriture de ce livre, comment avez-vous fait pour ressasser tout ça? Je suppose que ça a été affreusement difficile...
Ca n'a pas été une partie de plaisir. Je l'ai fait parce qu'il y avait un objectif noble, qui avait du sens pour moi, que c'était utile pour les enfants, le grand public, les professionnels. J'ai envie de dire qu'il faut arrêter de dire aux enfant de parler. Il faut être attentif à ce que les enfants disent par leur corps, les signaux qu'ils envoient. Il faut arrêter de leur faire tout peser sur les épaules. On protège bien les enfants des accidents de la route, des accidents domestiques, de l'obésité, pourquoi pas des agressions sexuelles, de l'inceste? Je suis furax, et ce n'était même pas à moi de dénoncer ça. Ce que j'ai vécu c'est un inceste banal. Selon l'OMS, il y a un enfant sur quatre qui vit ça tous les jours. Ca arrive, c'est arrivé à des gens que vous connaissez. Et moi, c'est comme les autres. J'ai fait ce livre dans un esprit militant. Raconter ma vie, je n'en avais pas besoin personnellement. Mais l'éditeur voulait que l'inceste rentre dans les foyers, que les gens sachent ce que c'est, interpeller les médias et les politiques. Parce qu'on est dans une ignorance totale: on n'a pas d'études, pas de recherches, pas de formations professionnelles, on construit nos pensées sur des mythes, on pense que ces types-là sont des malades mais c'est faux. Donc j'ai raconté mon histoire.

Les victimes souhaitent plutôt baisser le volet là-dessus et oublier, vous avez choisi la voie du combat.
Ma vie n'aurait pas de sens sinon. Je ne me vois pas courir après l'argent, des biens matériels. La vie de famille, l'amour, je l'ai, mon fils va bien. Pour moi ça coule de source, je ne peux pas avoir vécu ça sans rien faire. En plus, mon parcours professionnel fait que j'ai les outils pour combattre, pour diriger cette association, les savoirs, les connaissances. J'y vais parce que pour moi il n'y a pas d'autres chemins.

Au cours de votre histoire, vous avez essayé de pardonner à votre père... C'est courageux de votre part.
Ca fait partie des processus de rétablissement. J'aimais mon père, je n'aimais pas ce qu'il me faisait. Il faut bien distinguer ça. Et c'est ça qui est difficile à comprendre. Moi j'étais prête à tout pour avoir des parents. J'ai essayé d'y croire, j'ai voulu croire que c'était possible. Mais non. Et parfois, je me disais, dans les moments les plus difficiles, que j'aurais voulu être orpheline. J'aurais pu avoir des illusions. Je me disais: il y a pire que de ne pas avoir des parents, c'est d'avoir les miens. Ils m'ont pourri la vie. J'ai dû faire le deuil du parent idéal. Et c'est extrêmement dur.

Aujourd'hui, vous avez un fils et vous lui offrez l'affection que vous n'avez pas eue...
Toujours, depuis qu'il est né. C'est mon challenge permanent, c'est ça qui m'a raccroché dans la vie et qui m'a permis de rompre la transmission du mal. Je lui ai donné tout ce que je n'avais pas eu: le choix, la liberté. Pour moi c'était crucial, je suis fière de dire que je pense avoir réussi. Personne n'a pu interférer là-dedans.

La justice vous a, à l'époque, presque accusé d'avoir provoqué les choses...
Les lois n'ont pas changé. Ce qu'il y a de fabuleux, et c'est pour ça qu'on voudrait qu'il y ait un crime d'inceste spécifique, c'est que dans les lois, il y a le viol, le plus grave, ensuite l'aggression sexuelle, moins grave et l'atteinte sexuelle, encore moins grave parce qu'on considère que l'enfant était consentant. C'est pour ça que mon père a été condamné. Allez vivre avec un jugement pareil. On vous dit que vous êtes consentante, c'est marqué noir sur blanc, alors que vous avez subi des viols à répétitions, que vous avez été prostituée et que le mec a même des circonstances atténuantes. Il faut arrêter de se demander si l'enfant est consentant dans une histoire d'inceste, c'est une abération totale. Ensuite, pour moi l'inceste est avant tout un meurtre psychique et doit être jugé comme tel et non pas en se demandant s'il y a eu pénétration ou pas. C'est pareil. Enfin, lorsqu'on veut lutter contre un tabou, il faut commencer par le nommer. Il faut qu'il soit dans les interdits de la loi et qu'il soit imprescreptible.

Dans votre cas, c'est la voisine de votre père, qui se doutait de quelque chose, qui a parlé.
A cet âge-là, je n'aurais pas parlé si on ne m'avait pas posé la question. Je n'avais qu'une préoccupation: échapper à mon père, que les sévices s'arrêtent et que je sois dans un lieu sûr. J'en étais à un stade où j'obtenais à être en pension jusqu'à ma majorité. La voisine s'est dit que ce n'était pas possible qu'il s'en sorte comme ça et elle a parlé. Je dois dire qu'en 1980 c'était très fort de sa part d'oser parler. Pour parler, il n'y a pas besoin d'avoir des preuves. Il suffit d'avoir une suspicion, il n'y a pas forcément le besoin de connaître l'aggresseur. Il suffit de dire: je pense que cet enfant est en danger parce que j'ai remarqué ça. Ca peut être anonyme. C'est aux adultes de parler. Il faut arrêter de penser que les enfants vont parler, mettre les menottes à l'aggresseur, l'emmener au tribunal, sans soins psychologiques parce que finalement maintenant que c'est fini, tout va bien.

Vous terminez votre livre avec cette phrase terrible: "Tant qu'il y aura des mômes à aider, je ne me donnerai pas le droit de me tirer une balle dans la tête. Après, on verra..."
Oui, je suis bipolaire. Comme tout le monde, j'ai des hauts et des bas mais à l'extrême, multiplié par dix mille, et ça s'étale sur des périodes très longues. Pendant six mois, je peux avoir une pêche d'enfer et on dirait que je suis sous cocaïne et les six mois qui suivent être complètement déprimée. Si je ne suis pas soignée, ça peut se terminer en suicide violent. Mais je suis soignée. Heureusement qu'on a découvert cette maladie. Parce que je l'ai su assez tard, j'avais 37 ans. J'ai toujours eu une tendance hyper dépressive. C'est lié à ce que j'ai subi.

Déborah Laurent

Rédigé le Vendredi 21 Novembre 2008 - Service de la Communication

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